La beauté du Prendre soin, quand la vie ne se résume pas à elle-même
« Vous m’avez rendue belle », s’extasiait une dame devant la coiffeuse de l’Ehpad.
« Non Madame, j’ai juste révélé qui vous étiez », lui fut-il répondu.
Loin d’être anecdotique, cette réplique dit l’importance de la beauté dans les établissements et services de la Fondation. Car dans un contexte marqué par la vulnérabilité, la question du Beau devient une exigence éthique et spirituelle, profondément liée à la dignité humaine.
De l’esthétique à la beauté
Reconnaître la beauté ne se résume pas à l’esthétique d’un physique qui correspondrait aux normes de l’époque, à une décoration à la mode ou à l’agréable vision d’un paysage, mais renvoie à une dimension qui dépasse le quotidien de l’existence. Qu’il s’agisse d’un geste soignant attentif, d’une parole bienveillante, d’un cadre de vie se rapprochant du domicile ou d’un silence réellement habité, la beauté peut émerger dans ce qui respecte, humanise et remet en relation.
Le Beau touche alors à une dimension spirituelle fondamentale : il apparaît lorsqu’est reconnue en chacun une valeur inaliénable, indépendante de ses capacités, de son autonomie ou de son avenir.
Une portée éthique
Dans les établissements de soins de suite, les maisons pour enfants, les Ehpad ou en soins palliatifs, les personnes accompagnées sont souvent confrontées à une diminution de leur autonomie, de leur intimité et de leur image de soi. La beauté se dit alors parfois dans la qualité d’une rencontre, qui devient presque un acte de résistance éthique.
Pour un enfant, la beauté peut prendre du sens par un environnement qui manifeste l’attention et la stabilité. Pour une personne en Ehpad, ce peut être le respect de l’intimité, du goût personnel, des convictions. Lorsqu’une personne est en soins palliatifs, la beauté peut se vivre à travers la manière de veiller, d’éclairer, de se taire.
Le Beau gît alors dans la conviction partagée que la dignité ne disparaît jamais, car elle est toujours reconnue : « Tu comptes pour moi. Ta vie a du prix, ici et maintenant. » aussi essentiel que leur mission, notamment par le biais d’une relecture entre pairs. C’est un des rôles de l’aumônier qui les encadre.
Un langage spirituel
Lorsque la maladie, le handicap ou la fin de vie limitent l’expression, l’importance de la présence personnelle offre une autre dimension à la relation et confine à la beauté. Le Beau se vit alors à travers un langage non verbal. Il parle au corps, aux sens, à l’intériorité.
Une lumière douce, une musique choisie, un geste lent et ajusté peuvent offrir un apaisement profond. Spontanément, le fait d’accueillir l’autre tel qu’il est, ouvre un espace de confiance où la personne peut se déposer, parfois se réconcilier avec elle-même, avec son histoire, avec la vie. Dans cette perspective, le Beau rejoint la dimension spirituelle du soin : il accompagne la quête de sens, même fragile, même silencieuse.
Le Beau n’est alors ni décoratif ni superflu. Il est un acte de soin à part entière, une manière de dire aux personnes accueillies, qu’elles ne sont pas réduites à leur fragilité mais qu’une dignité leur est reconnue, jusqu’au bout.
Au sein des établissements de la Fondation, prendre au sérieux cette notion du Beau, c’est ainsi réaffirmer sans cesse que le soin et l’accompagnement ne concernent pas seulement le corps ou le fonctionnement quotidien de la vie, mais la totalité de la personne, dans sa dimension sensible, relationnelle et existentielle. Ce fut une des grandes convictions du dernier Projet stratégique.
Marc de Bonnechose, Aumônier coordinateur