Cet autre qui rend humain : accompagner la différence et valoriser l’altérité
Entretien avec Marc de Bonnechose, aumônier coordinateur
Quand on évoque l’accompagnement spirituel, on pense aux établissements de soins. Quelles sont les réalités ailleurs ?
Être accueilli dans une structure de la Fondation, c’est être protégé parce que vulnérable, que cela provienne de la minorité, d’un handicap, d’une demande d’asile. La protection est première, mais on cherche aussi à prendre en compte les situations individuelles. Par exemple, demander asile est un processus long, qui met en jeu les habitudes de vie et les caractéristiques directement visibles d’une culture ou d’un lieu de provenance.
La vie dans la société française sera marquée par cette différence, en tout cas au début. Et il importe alors d’accompagner cette situation.
L’accompagnement spirituel peut-il favoriser l’accueil des personnes ?
Bien sûr. Avant tout par le fait de se sentir soutenu et relié, mais aussi par l’apprentissage social. Alors-même qu’elle cherche des points d’intégration pour se faire accepter, la personne réfugiée accueillie dans un établissement va ressentir cette différence à partir du regard ou de l’attitude qu’elle rencontre. Même si cela est pesant, elle devra passer outre, pour lisser son attitude et ses habitudes, afin d’entrer en dialogue avec la France. La découverte de la laïcité « à la française » en est un bon exemple, car c’est aussi un marqueur important pour les services de l’immigration.
Cela parait contre-intuitif que l’accompagnement de la spiritualité favorise la compréhension de la laïcité…
Parler de spiritualité peut effectivement paraître bizarre alors que les efforts de chacun sont tendus vers la survie, l’obtention d’autorisations et la recherche d’un travail improbable. Et pourtant, c’est l’une des dimensions importantes de l’accompagnement. La laïcité, cela s’apprend, bien au-delà de la certitude initiale que la religion dépendrait de la seule sphère privée. Se rendre compte que le pays d’accueil a une dimension plurielle qui lui fait reconnaître toutes les religions sans en privilégier aucune, c’est un véritable apprentissage. Se rendre compte que la société dans son ensemble ne le comprend pas comme cela, est une vraie prise de conscience. L’accompagnement permet ici de prendre du recul, le recul suffisant pour accepter la vie telle qu’elle est, et en sourire.
Peut-on parler de pratiques religieuses dans ce cadre de rencontres personnelles ?
Ce qui fait la force de ces temps de rencontre tient aussi dans la faculté de s’adapter à la réalité de ceux qui passent la porte. En français, en anglais ou par gestes, un humain rencontre un humain pour se dire dans son stress, prendre un temps pour lui-même, se nourrir d’une parole qui rencontre son espérance enfouie ou la fait renaître. Ces temps mis en place par la Fondation, sont avant tout des temps de disponibilité, dont la texture variera en fonction de la personne rencontrée.
Vécu d’abord comme un entretien individuel, la rencontre peut se muer en célébration dès que plusieurs personnes arrivent. Parce que la demande est là : la pratique religieuse fait souvent partie intégrante de la société d’origine. Et le symbole de la porte ouverte sera celui qui restera.