La Chapelle des sœurs, une belle rencontre

Inaugurée en 2007, la chapelle de la Communauté des sœurs propose au visiteur un cheminement vers l’intériorité. De multiples symboles permettent de vivre, par les sens, une expérience spirituelle empreinte de beauté.

 

Entretien avec Marc Rolinet, Architecte

Comment est née l’idée de cette chapelle ?

La Communauté souhaitait un lieu pour remplacer la tente où se déroulaient les célébrations. Le futur édifice devait traduire à la fois l’idée d’un cocon communautaire et de l’ouverture au monde. Les sœurs s’étaient habituées à la lumière tamisée filtrée par la toile, au bruit rythmé des trains, aux échos de la forêt toute proche, à l’intimité de l’endroit.

Des mois de travail ont été nécessaires pour reprendre ces éléments d’ancrage et les traduire dans le monde du XXIe siècle et dans la foi de la congrégation. S’il faut un bon maître d’ouvrage pour concevoir un bon projet ; celui-ci était exceptionnel par la profondeur de la réflexion. Ce travail long et minutieux a permis de faire éclore en dix minutes une intuition puis le croquis initial.

Pour vous, où se joue la beauté esthétique d’un tel projet ?

L’art a toujours obéi à des règles, notamment au nombre d’or. Il est partout présent dans la chapelle : pour la structure de verre et à l’intérieur pour la forme du cocon de bois. Les matières et le contraste des formes et des structures jouent un rôle. En architecture, la beauté naît souvent des échanges entre des points très pragmatiques comme les problèmes de fonctionnement, et des notions plus théoriques. Nous avons mené une réflexion profonde sur l’horizontal et le vertical, ce que représente une congrégation, l’idée de cloître, l’ouverture de l’intercession pour le monde, aussi bien que sur des questions de chauffage et de moquette. Ce qui donne l’impression du beau vient peut-être en partie du dépassement de la contrainte.

Pour qui découvre ce lieu, l’expression « waouh » revient souvent. Comment expliquer cette réaction ?

C’est peut-être l’échelle du projet, qui provoque un cheminement, comme une expérience spirituelle. La chapelle est à taille humaine et quand on l’approche, la vision est un peu surprenante, très fine sur l’angle. En passant la porte, on perçoit un volume qu’on ne peut totalement saisir, l’œil et le cerveau ne retrouvent pas la logique des bâtiments de culte classiques. La chapelle interroge par la non-perception des codes classiques.

Cette déstabilisation inconsciente s’inverse lorsqu’on rentre dans l’ovale en bois sans aucun angle. Il y règne une tranquillité et une sérénité, c’est un cocon, certains disent une arche de Noé inversée, beaucoup de symbole sont possibles. On a envie de s’asseoir, de s’arrêter. Avec la lumière qui traverse le bois en une myriade de petits points de vitraux, on se sent ailleurs, tout en n’étant pas coupé de l’extérieur.

Le sentiment de beauté vient aussi de cette envie de se poser des questions plus spirituelles, il s’appuie sur l’expérience de contraste et de surprise : on est saisi par autre chose.

Le son joue-t-il aussi un rôle important, dans ce sentiment de beauté ?

Certainement, par la chaleur et la porosité des matériaux, et par l’acoustique. Je pense que le calcul des réverbérations n’empêche pas une forme d’intuition. La perméabilité entre les lattes de bois, la forme ovoïde, ainsi que la dimension du lieu permettent d’évacuer le trop-plein d’intensité sonore. Là encore, intuition et inspiration sont des mots très proches. S’il y a une certaine beauté sonore, peut-être est-elle dans ce lien.

 

La Chapelle, projet architectural conçu par Marc Rolinet, a reçu le prix Roux-Dorlut 2012 de l’Académie d’Architecture.

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