La pair-aidance : l’expérience personnelle au service de l’accompagnement

ENTRETIEN AVEC Corinne Ménadier
Directrice de la Plateforme Adulte et Handicap, Charente-Maritime
Il y a 10 ou 12 ans, lors d’une formation au rétablissement et au développement du pouvoir d’agir des personnes avec des problèmes de santé mentale, nous avons découvert le métier de médiateur de santé pair et du savoir expérientiel. Cela a tout de suite fait écho au sein de notre équipe et nous avons donc accueilli Luc, qui a réalisé son alternance de 18 mois avec nous. Lorsqu’il a eu son diplôme, nous l’avons embauché en CDI, à plein temps, car il ne souhaitait pas d’aménagement d’horaires. On l’a donc suivi !
Nous avons été dans les premiers à recruter un médiateur de santé pair dans nos équipes. Au
début, elles étaient un peu déstabilisées, car sa posture, sa manière de faire, sont différentes. Par exemple, il a une proximité avec les personnes accompagnées que les soignants ne s’autorisent pas nécessairement à avoir. Je dirais qu’il est au croisement du proche et du professionnel. Aujourd’hui, l’équipe a complètement intégré Luc ! Dernièrement, nous devions rédiger une charte de la bientraitance avec les personnes accompagnées, et ils ont unanimement considéré que c’était Luc qui pouvait le faire.
Luc travaille au niveau des relations individuelles, mais anime aussi des groupes de parole. Il a notamment réalisé de jolis films avec les personnes. Les personnes se confient plus facilement à lui, elles se sentent plus en confiance. Par exemple, si nous devons administrer un traitement à une personne accompagnée et que cette dernière refuse, car cela lui fait mal en raison de la piqûre, son savoir expérientiel et ses compétences font qu’il saura trouver les mots, bien mieux que nous.
Par ailleurs, sa présence montre aux personnes accompagnées qu’il est possible de se rétablir et d’avoir une vie qui leur convient. Pour Luc, cela lui permet aussi de prendre toute sa place. De notre côté, bien que ce métier soit en cours de construction, nous lui avons donné un statut de coordinateur de secteur, pour marquer cette place dans notre organisation.
Dans notre travail, ses compétences et son savoir expérientiel apportent beaucoup à notre accompagnement, car il nous oblige à faire évoluer notre management, nos pratiques, nos métiers. Je crois qu’on a tout à gagner à embaucher des médiateurs de santé pairs : les personnes accompagnées, les équipes, notre société. Accueillir la différence, c’est un enrichissement collectif où chacun a une place. Luc s’est absenté depuis quelques semaines et les équipes le réclament.
Luc intervient au sein du SAMSAH, le service d’accompagnement médico-social pour personnes en situation de handicap psychique (57 adultes de 18 à 62 ans).
À savoir
Dans le champ de la santé mentale, les médiateurs de santé pairs mettent leur expérience des troubles psychiques et du rétablissement au service des autres. Ils apportent à la fois un soutien, un rôle de passeur entre accompagnants et accompagnés, et un regard unique sur le parcours de soin. Encadrée par une formation universitaire (licence), cette profession encore jeune ne cesse de se développer.
La pair-aidance, c’est quoi ?
Le terme « pairs-aidants » désigne des personnes ayant été confrontées à des situations particulières de vie (troubles psychiques, parcours de migration, sans-abrisme) associées à un vécu douloureux et souvent stigmatisées socialement, et qui participent aux interventions sanitaires et sociales (soins, accompagnement, mise en place d’interventions, formation des professionnels…) en se fondant sur ce savoir expérientiel. Il s’agit d’une intervention bénévole ou d’un poste salarié (par la structure ou par une plateforme qui met à disposition des intervenants). Les champs d’intervention sont très divers : psychiatrie et santé mentale, addictologie, dispositifs d’accueil, hébergement, insertion, parcours d’exil…
Source : Haute Autorité de Santé, www.has-sante.fr