Le mentorat : une présence aux côtés d’un jeune pour l’aider à construire son avenir !

Une jeune femme et une dame plus âgée sont assises derrière un ordinateur et rient en regardant l'écran

 

La Fondation est partenaire de l’association Les Ombres, qui accompagne des jeunes de l’aide sociale à l’enfance (ASE) à travers des dispositifs de mentorat individuel et des ateliers collectifs pour favoriser l’autonomie, l’insertion sociale et professionnelle.
Les jeunes volontaires des structures d’aide à l’enfance de la Fondation bénéficient ainsi d’un accompagnement personnalisé par un mentor bénévole issu du monde professionnel ou associatif. Ils peuvent également participer à des ateliers pratiques et de coaching, pour s’initier au numérique et à l’usage responsable des outils digitaux, affiner leur orientation, se préparer à l’emploi et à tout projet de vie.

 

ENTRETIEN AVEC Martine Gazel, mentor avec Les Ombres

Ancienne enfant placée à la DDASS, Martine est aujourd’hui à la retraite. Juriste de formation, ancienne DRH, elle se consacre à toutes formes de bénévolat en faveur des enfants confiés à l’ASE, et notamment à travers le mentorat. 

Qu’est-ce qui vous a conduit à devenir mentor ?
Tout d’abord, j’avais du temps à donner et je suis engagée dans l’amélioration de la protection de l’enfance. Je voulais aussi avoir des contacts directs avec les jeunes, pour leur apporter quelque chose de concret. Parce que je connais leurs peurs, leurs souffrances, leur solitude, leur insécurité, leur situation d’abandon… Cela fait 3 ans que je suis mentor. Je suis la doyenne aux Ombres ! Aujourd’hui, parmi les mentors, il y a des jeunes qui sont à l’université ou en grande école, mais aussi des cadres et non-cadres de toutes professions, des retraités et des anciens de l’aide sociale à l’enfance.

Quel est le rôle du mentor ?
Notre rôle est d’accompagner, de soutenir, de guider, d’inciter, mais surtout de ne pas faire à la place du jeune. Ce n’est pas un service à lui rendre. Le mentor, il est en appui, une personne ressource. Après, c’est le mentor qui pose ses limites. Moi, je n’en mets pas avec les jeunes, c’est ma conception du mentorat : ils ont besoin de moi, je suis là ! Surtout, pour moi, le rôle du mentor est de valoriser, d’encourager, de féliciter le jeune quand il fait les choses bien, car ça lui donne confiance en lui, en l’avenir. Ils retrouvent l’estime d’eux-mêmes, et c’est ce qui manque beaucoup aux jeunes de l’Aide sociale à l’enfance.

Je les félicite donc toujours quand ils font quelque chose de bien, je leur dis aussi : « Pourquoi dis-tu que tu n’es pas capable d’y arriver ? Tu en as tout à fait les capacités. Si au fonds de toi, tu le souhaites, je vais t’y aider, tu y arriveras. Tout le monde a un potentiel ! »
Par exemple, j’ai eu un jeune qui m’appelait et qui me disait : « Tu sais, j’ai eu 16 sur 20 », avec un ton qui disait : « Ce n’est pas génial, ça !? ». Cela montre bien que s’il nous appelle pour dire qu’il a eu 16 sur 20, c’est que c’est important pour lui que quelqu’un remarque ses efforts.

Pouvez-vous nous en dire plus sur votre mentorat ?

Je suis mentor pour l’insertion professionnelle des jeunes. C’est ce que j’ai choisi comme type de mentorat. Il y a beaucoup de soutien pour les études, cela peut être du soutien scolaire, le soutien pour une thèse, un mémoire qu’ils m’envoient à relire par exemple. Ce qui ne m’empêche pas de traiter les demandes d’APL ! À une demande succède une autre. Pour moi, il n’y a pas de limite, ma seule limite est celle de mes connaissances, et si je n’ai pas la connaissance, je vais aller chercher et je les rappelle.
Pour moi, dans le mentorat, il faut instaurer une relation de confiance chaleureuse, trouver la juste mesure entre la relation avec le jeune et celle avec son référent éducateur. C’est une relation à trois, si je puis dire. Donc, quand le mentorat commence, je m’entretiens avec le jeune puis j’appelle le référent éducateur pour savoir s’il est bien informé que le jeune a demandé un mentorat, car certains ne le sont pas. Tout ça doit être bien clair.
J’ai mentoré des jeunes, mais cela peut aller plus loin, si, par exemple, un jeune qui fait des études supérieures a besoin d’aide. Ça dépend de sa problématique et cela dure autant que ça peut durer. J’ai eu des mentorats qui ont duré trois semaines et le plus long a duré un an et demi.

Qu’est-ce qui vous intéresse dans le mentorat ?

Ce qui m’intéresse dans le mentorat, c’est ce qu’il y a derrière la demande de mentorat du jeune. Je prends donc le temps de parler avec le jeune pour savoir pourquoi il a demandé un mentorat et dans quel contexte il se situe. Y a-t-il derrière une grande solitude, de l’angoisse parce qu’il va sortir de l’ASE dans trois mois et qu’il est terrorisé ? Je m’y intéresse parce que je l’ai vécu moi-même.
Pour moi, le mentorat, c’est un engagement fort. Quand on commence avec un jeune, on va jusqu’au bout parce que le jeune vous fait confiance. Il a besoin de vous. C’est un engagement fort et libre. On n’a rien à y gagner, sauf à contribuer au bien-être du jeune, à son bonheur et à sa réussite. Il vient nous chercher pour ne pas être seul. C’est pour ça que le mentorat est un dispositif formidable pour ces jeunes de l’ASE, car c’est justement pour les aider, pour être là pour eux.
J’ai des jeunes qui m’ont dit « Martine, tu sais, ce qui est bien, c’est que même à minuit, si je ne me sens pas bien, je peux t’appeler. » Je leur dis « oui, tu peux m’appeler. » Ça, c’est ma conception du mentorat.

Le mentorat : des liens qui changent des vies

350 000 jeunes suivis par l’aide sociale à l’enfance

1% seulement bénéficient d’un mentor

71% des mentorés disent que leur mentor renforce leur envie de réussir

77% affirment que cette relation les rend plus persévérants

Source : solidarités.gouv.fr, Le Monde 2024

Je suis contente car l’aide aux devoirs me permet de mieux comprendre mes leçons et d’avoir plus de facilité à faire mes exercices. Je fais mon travail plus rapidement, avec moins de pression : j’aimerais que l’aide aux devoirs se fasse plus régulièrement, même pendant les vacances scolaires.

Témoignage d’une jeune accueillie au sein de la Clairière, Hauts-de-France.
En classe de cinquième, elle est accompagnée en soutien scolaire par des bénévoles